INVENTAIRE DES JOURS MOBILES
Série en cours
Il est des inventaires qui comptent, qui tracent et qui offrent au regard les landes d’un parcours. Celui des jours mobiles est de ceux là, il pose devant le regardeur les preuves de ce qui a été possible, de ce qui a été vécu le long d’un chemin infiniment isolant : celui de la maladie.
A propos
Tombée malade à l’été 2018, mon corps a soudainement cessé de répondre, m’enfermant dans quatre années d’errance médicale et d’invisibilité, réduite à l’horizontalité et à des espaces clos, presque interchangeables.
C’est durant cette période que la photographie s’est imposée à moi, chaque image prise devenant tentative de reconquête de ce que je pensais être en train de perdre. D’un côté, les autoportraits numériques, comme essai de reconstruction de l’image d’un corps morcelé que je peinais à comprendre, de l’autre, les paysages argentiques, issus des rares sorties encore possibles, empreintes de spontanéité et de fragilité.
Pendant plusieurs années, j’ai répertorié ces images comme autant de reliques, non pour produire une œuvre, mais pour me raccrocher à une réalité qui filait entre mes doigts.
C’est en revisitant cet ensemble qu’un constat s’est imposé à moi : au-delà de l’incapacité physique, ce fut l’isolement qui devint le plus grand de mes traumatismes. L’incompréhension de mes proches, la perte de mes repères et les émotions violentes ont façonné cette traversée infiniment solitaire.
Entre le monde extérieur et ma psyché, la maladie redéfinissait ma vie toute entière, elle devenait cet entre-deux invisible et indicible, cet espace qui coupe et qui déforme, infranchissable.
Les paysages, témoins de capacités retrouvées, sont alors les projections silencieuses d’un monde que je n’occupe plus, redéfinis par la solitude et la perte ; une mosaïque de souvenirs et de fantasmes, refuge mental à la temporalité étirée.
Les autoportraits, eux, frappent frontalement : le studio se fait métaphore psychique froide, exposant peurs, colères, rapport au temps, à l’isolement et à la mort.
Sans chercher à définir la maladie, Inventaire des jours mobiles dessine les contours de ce qu’elle peut avoir d’aliénant et invite à l’observation de l’espace intime qu’elle crée.
Prenant ses racines dans un livre autopublié en 2023, le projet a révélé, au fil des échanges avec mon entourage, l’universalité du sentiment d’isolement lié à la souffrance.
S’il naît d’une expérience éminemment personnelle, il m’interroge désormais plus largement et me donne l’envie d’approfondir ma recherche quant aux répercussions mentales amenées par des corps subitement dysfonctionnels.
